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Chasse aux morilles par Véronique Paré

ou recherche et développement au Saguenay


Avec Laurie, on jasait de cueillette de champignons de printemps…

Mais laissez-moi vous faire une petite parenthèse avant de poursuivre : côté

mycologie, il faut quand même préciser que cette saison n’est pas la plus

prolifique, la plupart des bons comestibles commençant à pousser en juillet. Par

contre, il y a un excellent champignon qui pousse lorsque les bourgeons

commencent à éclore : la morille. La belle, la rare et la merveilleuse morille.

L’introuvable morille. Celle qui rend les cueilleurs qui la désire frustrés et irrités à

chaque printemps…


Alors on jasait de cueillette de champignons… puis le sujet des morilles s’est

imposé de lui-même. Et si on faisait un voyage quelque part pour en trouver? La

Côte Nord? Forestville où le père de Laurie a un chalet? Sept-Îles où l’an passé

des feux de forêt ont ravagés des kilomètres et des kilomètres de forêt? Par où

commencer? Où chercher?


Des morilles, il y en a quelques variétés. La blanche, la noire conique et la noire

qu’on appelle la morille de feu… Elles poussent chacune dans leur

environnement respectif. La blanche adore les ormes morts, les plates-bandes et

les gazons, la noire conique apprécie les cerisiers de Pennsylvanie, les sols

pauvres sablonneux et la morille de feu, les brûlés.


Donc où chercher? Ni Laurie, ni moi savions vraiment par où commencer. Alors

en cherchant sur Facebook, j’ai trouvé cette formation donnée au Saguenay sur

la cueillette des morilles noires coniques. C’est donc avec beaucoup d’espoir,

d’optimisme et de soleil dans nos cœurs de cueilleuses (à défaut d’avoir du soleil

dans le ciel) que nous avons pris la route en ce samedi matin pluvieux du mois

de mai pour Hébertville, Saguenay-Lac-St-Jean.


Du soleil, il y en avait effectivement dans nos cœurs. Laurie est une cueilleuse

acharnée et invétérée et moi, tout ce qui s’écrit sur les sujets des champignons

ou des plantes comestibles me passionne. À nous deux, nous faisions une

équipe de feu extrêmement motivée. Pas une, mais deux glacières nous

accompagnaient (au cas où ce serait la manne) et nous étions prêtes à nous

battre contre pluie et « bébittes » pour une récolte historique.



C’est à la petite station d’essence d’Hébertville que nous avons rejoint notre

guide ainsi qu’une vingtaine d’autres passionnés et/ou curieux de mycologie.

Après une brève introduction à la cueillette des morilles et un petit « briefing »

sur le déroulement de l’après-midi, notre accompagnateur nous guidas en voiture

à son premier « spot » qui s’avéra somme toute assez décevant. Des morilles, il

y en avait bel et bien, mais l’endroit n’était pas suffisamment grand et les

champignons pas assez abondants pour la bande de vingt individus tous motivés

et obsédés que nous étions. Certains étaient de vrais Indiana Jones, n’hésitant

pas à ramper sous les arbres ou plonger « in the bush ». Moi j’appréhendais

prudemment le terrain et écoutais religieusement les conseils du guide. Laurie,

de son côté, semblait elle aussi à la recherche de son mojo.


Il faut quand même spécifier, à notre défense, que la petite coquine de morille

est difficile à voir… C’est une pro du camouflage ; un champignon couleur de

feuilles et d’herbes mortes qui pousse… dans les feuilles et les herbes mortes.

Ça en donnait mal aux yeux et à la tête. Le guide - qui soit dit en passant cueillait

la morille dans la région depuis 17 ans - n’en ratait aucune, comme s’il avait un

pouvoir de « sorcier de la morille » ou comme s’il avait des yeux bioniques. Il

regardait par terre et disait laconiquement : « Ici, il y en a une. » Et nous, tous

énervés et remplis d’espoir, de scruter sans résultat le terrain comme des

aveugles ahuris…


Après le premier endroit où nous sommes retournés dans la voiture bredouille et

déçues, nous nous sommes rendues au second « spot » sous une pluie plus que

battante. Là il fallait marcher. Traverser un ponceau anti-orignal. Monter une ou

deux pentes. Marcher encore. Traverser des trous d’eaux. Je me disais : « Ça y

est! Il nous amène « in ZE spot! Cette marche dans la brousse et sous la pluie va

en valoir la peine... » Mais non. Quelques morilles seulement. À partager parmi

nous tous. Je crois qu’à cet endroit j’en ai trouvé une minuscule. Encore

heureuse que je l’aie vue. Puis une seconde, que notre gourou s’est empressé

de prendre en exemple et qu’un autre cueilleur a fini par me voler (le connard!).

Je constatais que Laurie n’avait pas la main plus heureuse que moi. « Tout ça

pour ça » que je me disais…


Puis le troisième et dernier « spot ». Une jolie petite carrière de sable fin comme

à la plage. Beaucoup de cerisiers de Pennsylvanie très jeunes et en fleurs. Un

endroit plus grand où nous pouvions enfin nous séparer le terrain sans nous piler

sur les pieds. Je suis partie de mon côté. Laurie a suivi le guide. Et tout à coup,

ça a commencé : une, deux, trois morilles… Enfin la chance commençait à me

sourire. Laurie semblait en trouver elle aussi. C’était excitant, comme une chasse

au trésor peut l’être. La fièvre de la morille s’emparait de moi, mais je m’efforçais

de cacher mon euphorie chaque fois que j’en trouvais afin de ne pas révéler aux

autres que j’avais la main heureuse et garder l’endroit juste pour moi…


L’après-midi s’est terminé par une dégustation faite par le guide puis nous

sommes tous partis de notre côté. Laurie et moi avions une quinzaine de morilles

chacune à notre actif. Rien pour espérer en mettre sur l’ardoise des 5 Moulins.



Le plan pour la suite était simple : une chambre d’hôtel nous attendait au Centre-

ville de Chicoutimi, puis un magnifique souper au restaurant La Cuisine,

spécialisé dans le boréal. Le lendemain, le plan n’était pas précis, mais il fallait

absolument tenter notre chance en duo. La beauté au Saguenay, c’est que la

plupart des terres sont publiques, ce qui signifie que nous pouvions aller presque

partout sans peur de croiser un propriétaire en colère. N’importe quel chemin de

terre était accessible, aucune barrière n’était fermée à clé. Nous avons donc

décidé de partir de Chicoutimi, de redescendre vers Québec et d’arrêter partout

où ce serait possible d’arrêter.



Et là nous avons trouvé notre mojo. Un petit et modeste mojo, mais quand

même! Nos yeux se sont ouverts! Les morilles nous apparaissaient comme

illuminées par la lumière divine (lol)! Comme si tout à coup, c’était facile de les

voir. Laurie était devenue la pro du terrain. Elle était capable de reconnaître un

bon environnement à morilles à un moins bon environnement à morilles. Elle les

« spottait » même de la voiture! À un moment, nous nous sommes retrouvées

dans une immense carrière de gravier et de sable abandonnée, risquant notre

vie (ou presque), moi au-devant de la voiture, à pied, guidant Laurie qui

conduisait pour éviter des trous immenses dans la route démolie qui

s’affaissait… Rien ne pouvait plus nous arrêter…



Mais évidemment, toute bonne chose a une fin. Je crois que nous aurions pu

passer une semaine complète à chasser la morille sur cette terre sauvage qu’est

le Saguenay. C’était une expérience enrichissante et excitante. Au final, nous

avons récolté juste le nécessaire pour notre consommation personnelle. Le rêve

de remplir une… ou même deux glacières ne s’est pas réalisé, loin de là, mais

nous sommes tout de même revenues à nos vies occupées bien repues de

nature, de cueillette, de connaissances et de souvenirs mémorables. Merci

Laurie pour ça… Tu es une parfaite compagne d’aventures.

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